La Cathédrale Christ Church de Zanzibar ouvre un centre à la mémoire de la traite des esclaves

June 28, 2016



L’intérieur comme l’extérieur de la Cathédrale anglicane Christ Church de Zanzibar ont été massivement restaurés. Photo : Lynette Wilson/Episcopal News Service

L’intérieur comme l’extérieur de la Cathédrale anglicane Christ Church de Zanzibar ont été massivement restaurés. Photo : Lynette Wilson/Episcopal News Service

[Episcopal News Service – Stone Town, Zanzibar] La Cathédrale anglicane Christ Church est un symbole de la commémoration des hommes, femmes et enfants enlevés en Afrique de l’Est et vendus en esclavage. Structure imposante en pierre juste à l’extérieur des rues et coursives étroites de la cité historique, la cathédrale rappelle aussi le rôle de l’Église anglicane dans l’abolition de la traite des esclaves et sa contribution à la diffusion du christianisme en Afrique.

Désignée Site du patrimoine mondial par l’UNESCO en 2000, Stone Town accueille plus de 100 000 visiteurs chaque année, dont la plupart visitent la cathédrale où des guides proposent des visites de l’édifice construit sur l’ancien marché aux esclaves.

A l’automne 2013, le Diocèse anglican de Zanzibar qui fait partie de l’Église anglicane de Tanzanie, a démarré, en partenariat avec le World Monuments Fund-Britain, un projet visant à préserver la cathédrale et à créer un centre de commémoration de l’abolition de l’esclavage ainsi qu’à éduquer le public sur l’esclavage dans ses formes modernes.

« Le projet préservera un monument hautement significatif et favorisera l’accès à l’un des endroits les plus importants du patrimoine d’Afrique de l’Est » a déclaré l’Évêque de Zanzibar Michael Hafidh, dans un message électronique. « Raconter le récit de ce sombre chapitre de l’histoire de la région d’une manière ouverte et factuelle aidera à combler les écarts sociaux et ethniques et à promouvoir la tolérance, la réconciliation et une société inclusive ».

Le Centre du Patrimoine a ouvert le 15 juin avec l’exposition sur le commerce des esclaves en Afrique de l’Est. Photo : Dan Barlow/Diocèse de Zanzibar

Le Centre du Patrimoine a ouvert le 15 juin avec l’exposition sur le commerce des esclaves en Afrique de l’Est. Photo : Dan Barlow/Diocèse de Zanzibar

Le Centre du patrimoine racontera l’histoire de la traite des esclaves en Afrique de l’Est, en anglais et en swahili, afin de favoriser le dialogue interconfessionnel, d’éduquer les touristes, de combler les écarts sociaux et ethniques et d’enseigner aux enfants la tolérance et la réconciliation visant à promouvoir une société inclusive.

« Le projet de création du centre du patrimoine… en le rendant accessible aux écoliers, qui sont les futurs leaders du pays, favorisera le dialogue et la compréhension interconfessionnelle et intercommunale » nous écrit l’Évêque Hafidh dont la mère était chrétienne et le père musulman.

Le Diocèse de Zanzibar doit encore lever des fonds pour rénover la flèche. Photo : Lynette Wilson/Episcopal News Service

Le Diocèse de Zanzibar doit encore lever des fonds pour rénover la flèche. Photo : Lynette Wilson/Episcopal News Service

L’Union européenne et le Fonds des États-Unis pour la préservation culturelle, entre autres donateurs, grands ou petits, ont apporté une aide financière pour le projet de restauration de la cathédrale. Exception faite de la flèche, la restauration est achevée.

Le centre du patrimoine a ouvert le 15 juin. Avec une exposition sur le traite des esclaves en Afrique de l’Est qui retrace l’histoire de l’esclavage et de la traite des esclaves, en commençant par la capture dans des lieux comme le Congo, le Kenya, le Tanganyika, en passant par le transport, les acheteurs et les vendeurs, le labeur dans les plantations d’épices et le voyage à l’étranger, jusqu’à la liberté et les séquelles de l’esclavage qui demeurent à Zanzibar, archipel d’îles de 1,3 million d’habitants, la majorité d’entre eux musulmans.

« Zanzibar était un important point de transbordement pour les esclaves venant du continent qui étaient vendus sur le marché aux esclaves de Zanzibar aux propriétaires de plantations arabes ou swahilis pour travailler dans les plantations d’épices sur l’île de Zanzibar ou sur l’île voisine de Pemba » nous dit Derek Peterson, professeur d’histoire et d’études africaines à l’Université du Michigan et membre de l’Église épiscopale St. Andrew à Ann Arbor. « Ou parfois ils étaient également vendus en grand nombre aux trafiquants qui les emmenaient autour du Cap de Bonne-Espérance jusqu’au Brésil ».

La traite des esclaves passa en Afrique de l’Est après que le parlement britannique eut voté de mettre fin à la traite des esclaves en Afrique de l’Ouest et eut ultérieurement positionné des escadres de la Navy pour intercepter les navires d’esclaves en chemin vers le Nouveau Monde, faisant monter le prix des esclaves, poursuit Derek Peterson, qui a précédemment enseigné à l’Université de Cambridge en Angleterre. La demande pour le travail des esclaves était élevée aux Caraïbes et au Brésil, pays qui n’a supprimé l’esclavage qu’à la fin du 19ème siècle.

En plus de la partie à la mémoire des esclaves qui étaient amenés sur le marché, la cathédrale commémore également le travail de l’explorateur et missionnaire écossais David Livingstone et ses efforts pour abolir la traite des esclaves.

« La cathédrale elle-même s’érige comme monument en faveur de l’abolition de l’esclavage ; l’Église anglicane de Zanzibar est issue d’une longue campagne contre la traite des esclaves en Afrique de l’Est inspirée par les prises de position de David Livingstone » nous confie Derek Peterson.

« Il [Livingstone] se rend à Cambridge et fait un discours célèbre à la Regent House au cours duquel il invite une génération de jeunes Britanniques à aller en Afrique centrale sauver les Africains des dégradations causées par les trafiquants d’esclaves arabes et swahilis » nous apprend Derek Peterson.

Statues d’esclaves enchaînés les uns aux autres par le cou servent de rappel des atrocités subies par les hommes, les femmes et les enfants qui ont été capturés et vendus en esclavage en Afrique de l’Est. Photo : Lynette Wilson/Episcopal News Service

Statues d’esclaves enchaînés les uns aux autres par le cou servent de rappel des atrocités subies par les hommes, les femmes et les enfants qui ont été capturés et vendus en esclavage en Afrique de l’Est. Photo : Lynette Wilson/Episcopal News Service

« Le discours idéaliste de David Livingstone fait naître toute une mission au sein de l’UMCA peuplée d’étudiants anglicans entreprenants à l’âme noble d’Oxford et Cambridge et d’autres universités britanniques qui y adhèrent et créent cette mission « Universities Mission to Central Africa » dont la vocation première est de tracer une voie pour le christianisme et le commerce, qui est ce que David Livingstone voulait promouvoir ».

À la suite du discours de David Livingstone des années 1870, la mission UMCA fut lancée à Zanzibar et à l’intérieur du pays qui est aujourd’hui le Malawi, où les missionnaires ouvrirent des postes pour accueillir les esclaves affranchis, certains rachetés par eux et d’autres qu’ils avaient secourus.

« Ils forment les premières congrégations missionnaires anglicanes d’évangélisation et deviennent plus tard d’importants émissaires du christianisme dans d’autres parties de l’Afrique de l’Est et des agents de la mission anglicane qui prêchent, traduisent et travaillent au côté des missionnaires britanniques à l’évangélisation » poursuit-il.

Les anglicans d’aujourd’hui à Zanzibar retrouvent leurs racines dans ces derniers esclaves affranchis et émancipés, nous confie James Kaleza, secrétaire diocésain auxiliaire, pendant une entrevue à Stone Town en avril.

« La plupart des anglicans d’Afrique sont des descendants d’esclaves car leurs ancêtres sont ceux qui furent amenés ici pour y être vendus et qui se retrouvèrent à la mission » nous dit James Kaleza. « Ils sont devenus les premiers anglicans, la plupart sont des autochtones avec des racines qui remontent jusqu’à la traite des esclaves ».

Les missionnaires anglicans ont non seulement apporté l’Évangile à Zanzibar et sur le continent, où il a commencé à se développer rapidement, mais ils ont construit des hôpitaux et des écoles où ont été formés des médecins, des infirmières, des professeurs et des prêtres, ajoute-t-il.

Le maître-autel de la Cathédrale anglicane Christ Church marque l’emplacement où se tenait autrefois un pilori. Photo : Lynette Wilson/Episcopal News Service

Le maître-autel de la Cathédrale anglicane Christ Church marque l’emplacement où se tenait autrefois un pilori. Photo : Lynette Wilson/Episcopal News Service

L’Anglicanisme a continué à se développer lentement à Zanzibar jusqu’à la révolution de 1964 lorsque le Sultan de Zanzibar fut évincé du pouvoir et que le nouveau gouvernement reprit les écoles, l’hôpital et le siège central. C’est alors que l’église ferma ses écoles et hôpitaux et déplaça son siège sur le continent. La présence de l’église sur l’île s’affaiblit et ses bâtiments, y compris la cathédrale, tombèrent en ruine, poursuit James Kaleza.

« Cela resta ainsi jusque dans les années 1990, lorsque le gouvernement changea de politique et annonça que le secteur privé pouvait continuer à enseigner » dit-il, ajoutant que le Diocèse de Zanzibar restitua son autorité à l’île. « Le diocèse fut réinauguré en 2001 ».

La reconsécration de la Cathédrale anglicane Christ Church aura lieu à la fin de cette année ou début 2017.

Aujourd’hui, plus de 95 % des habitants de Zanzibar sont musulmans. Parmi les minorités religieuses figurent des païens, des hindous et des chrétiens, 2,5 à 3 %, dont des catholiques romains, des anglicans, des luthériens et des pentecôtistes. Et en dépit de ce que l’on entend habituellement, les arabes n’étaient pas les seuls propriétaires d’esclaves. Il était possible pour des africains noirs de gravir l’échelle sociale et de posséder eux-mêmes des esclaves.

L’esclavage en Afrique de l’Est n’était pas semblable au type d’esclavage à grande échelle des plantations des États-Unis, où les gens étaient contraints et forcés de travailler dans des conditions inhumaines, nous dit Derek Peterson.

« Les esclaves d’Afrique de l’Est pouvaient également être des artisans, ils pouvaient être des hommes d’affaires, ils pouvaient prendre des emplois de leur propre chef et remettre une partie de leurs bénéfices à leur propriétaire. Mais ils pouvaient être très entreprenants dans leur travail » dit-il, ajoutant que ce genre d’esclavage continua à exister pendant tout le 19ème siècle.

La St. Monica Lodge est une pension située dans l’enceinte de la cathédrale qui peut accueillir des groupes. Photo : Lynette Wilson/Episcopal News Service

La St. Monica Lodge est une pension située dans l’enceinte de la cathédrale qui peut accueillir des groupes. Photo : Lynette Wilson/Episcopal News Service

Le Parlement britannique adopta la Loi d’abolition de l’esclavage en 1833, abolissant la pratique de l’esclavage dans tous les territoires britanniques ; Zanzibar demeura un protectorat britannique gouverné par un sultanat omanais jusqu’à plus d’un siècle plus tard. En 1963, la Grande-Bretagne accorda à Zanzibar sa liberté et une révolution se produisit en janvier 1964. (Plus tard cette année-là, le Tanganyika, ancienne colonie anglaise et allemande, et Zanzibar s’unirent pour former la Tanzanie.)

« En 1964, le Sultanat fut renversé par un groupe de militants politiques populistes qui se faisaient appeler les « Africains noirs »… disaient livrer un combat racial et qu’ils renversaient une aristocratie arabe islamique qui avait opprimé les africains noirs » nous explique Derek Peterson. « C’est ainsi que la révolution de 1964 se joua principalement en termes raciaux… et c’est pourquoi aujourd’hui lorsque vous posez des questions sur la traite des esclaves, – à Zanzibar – c’est toujours considéré comme un problème racial ».

« Les africains noirs pouvaient et devinrent eux-même des propriétaires d’esclaves en devenant musulmans, s’associant la civilisation et la hiérarchie sur la côte et gravirent l’échelle sociale qui n’était pas répartie par race mais plutôt par progrès de la de civilisation » poursuit Derek Peterson.

« La capacité de parler le swahili, de maîtriser les signes de la civilisation, de s’habiller de la façon appropriée… l’économie de l’esclavage en Afrique de l’Est était quelque chose de très complexe où il n’y avait pas une classe de propriétaires d’esclaves clairement définie, pas plus qu’il n’y avait une classe clairement définie d’esclaves. C’était une économie beaucoup plus ouverte et les négociations auxquelles tout un chacun participait formait un groupe social dynamique ».

Le centre du patrimoine vise, d’une certaine façon à rétablir les faits et à promouvoir la réconciliation.

À Zanzibar, l’histoire de la traite des esclaves a été enseigné d’une manière qui blâme les Arabes et par association l’Islam, nous dit le Rév. Nuhu Sallanya, directeur du Centre de patrimoine culturel, dans un message électronique.

« La vérité est qu’en Afrique de l’Est participaient à la traite des esclaves des arabes, des indiens, des africains et des chefs locaux » ajouta-t-il. « Raconter le récit de ce sombre chapitre de l’histoire de la région d’une manière ouverte et factuelle aidera à combler les écarts sociaux et ethniques et à promouvoir la tolérance, la réconciliation et une société inclusive ».

– Lynette Wilson est rédacteur et journaliste de l’Episcopal News Service.