Lettre pastorale de la Chambre des Évêques

Lettre pastorale de la Chambre des Évêques

October 5, 2010

Phoenix (Arizona), le 21 septembre 2010

La communauté aura un seul et même rituel qui s'appliquera aux uns comme aux autres. Ce sera un rituel immuable pour les générations à venir et il en sera de même pour vous et pour l'immigré, devant l'Éternel. Une même loi et une même ordonnance vous régiront, vous et l'étranger qui réside parmi vous (Nombres 15:15-16).

Ainsi [Christ] est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin et la paix à ceux qui étaient proches car, grâce à lui, nous avons accès les uns et les autres auprès du Père par le même Esprit. Voilà pourquoi vous n'êtes plus des étrangers ou des résidents temporaires, vous êtes concitoyens des membres du peuple de Dieu, vous faites partie de la famille de Dieu (Éphésiens 2:17-19).

Cher peuple de Dieu,

Tout au long de notre assemblée à Phoenix en Arizona, nous avons réfléchi à la crise d'immigration à laquelle sont confrontés notre État hôte, les États-Unis et tous les pays dans le monde. Un certain nombre d'entre nous sommes allés à la frontière États-Unis-Mexique et avons pu voir directement les nombreuses questions inquiétantes et complexes que doivent affronter les migrants, les immigrants, la patrouille frontalière, les fermiers locaux et les communautés chrétiennes qui se chargent de tous ces groupes. Nous sommes également soucieux des questions similaires de frontière auxquelles doivent faire face d'autres nations représentées dans l'Église épiscopale, notamment des pays d"Europe, la République dominicaine et Haïti ainsi que la Colombie et l'Équateur.

Les Écritures saintes nous enseignent que tous les êtres humains sont créés à l'image de Dieu et que Jésus-Christ a donné sa vie pour tous les hommes. En outre, tant l'Ancien Testament que le Nouveau Testament déclarent l'importance de l'hospitalité vis-à-vis des étrangers, hospitalité qui repose sur notre humanité commune. Tous les êtres humains méritent dignité et respect comme nous l'affirmons dans notre Alliance baptismale (Livre de la prière commune p. 305). Ainsi, notre accueil bienveillant des immigrants, légaux ou illégaux, reflète la grâce que Dieu déverse sur nous et sur tous. À la lumière de cela :

(1) Notre monde est un monde migratoire dans lequel un grand nombre de gens traversent les frontières pour échapper à la pauvreté, à la faim, à l'injustice et à la violence. Nous rejetons catégoriquement tous efforts de criminalisation des migrants et immigrants illégaux et déplorons la séparation des familles et l'incarcération inutile des travailleurs illégaux. Car, étant donné que nous sommes convaincus qu'il est naturel de rechercher un emploi rémunérateur pour assurer notre subsistance propre et celle de notre famille, nous ne pouvons accepter que les efforts des travailleurs illégaux pour apporter alimentation et abri à leur famille grâce à un travail honnête constituent un délit pénal.

(2) Nous déclarons que les politiques inhumaines visant les personnes illégales (raids, séparation des familles, déni de services de santé) sont intolérables pour des motifs religieux et humanitaires, comme l'atteste le consensus en la matière d'un vaste éventail d'organismes religieux.

(3) Nous demandons que le gouvernement des États-Unis et tous les gouvernements créent des politiques d'immigration justes et humaines qui respectent la dignité des personnes se situant de part et d'autre de ce problème. Aux États-Unis, nous cherchons à obtenir un chemin raisonnable conduisant à la nationalité pour les travailleurs illégaux, un plan de réunification des familles et un système viable pour recevoir les travailleurs temporaires ou saisonniers, avec des points d'entrée clairement identifiés. Ces mesures libéreraient la patrouille frontalière des États-Unis et lui permettraient de concentrer ses efforts sur l'arrestation des trafiquants de drogue, des terroristes et autres délinquants et non pas sur des gens ordinaires qui sont simplement à la recherche d'une meilleure vie pour eux-mêmes et leurs enfants.

(4) Nous reconnaissons que les gouvernements ont le devoir de protéger leur population, y compris de sécuriser leurs frontières. L'église a toujours respecté ce devoir qui est fondé sur le devoir établi par Dieu qu'a le gouvernement de protéger les innocents et de punir les malfaiteurs (Romains 13:1-7, 1 Pierre 2:13-17).

(5) Nous reconnaissons que le racisme et le sectarisme influencent les débats sur la migration et l'immigration. L'Église épiscopale tient résolument à ce que soient abolies toutes formes de racisme et dénonce le recours au profilage racial pour l'arrestation de personnes soupçonnées d'être illégales.

(6) Nous confessons notre propre péché de complicité en tant que bénéficiaires du travail des illégaux sans reconnaître notre responsabilité envers eux. Nous tolérons passivement un système économique et politique qui accepte ce travail de la part de millions de travailleurs illégaux et qui a reçu d'eux environ 520 milliards de dollars de recettes de sécurité sociale, recettes dont ils ne vont jamais bénéficier. Et pourtant nous les traitons dans le même temps comme une menace.

(7) Nous ne minimisons pas les préoccupations de nos concitoyens concernant le danger qu'une immigration incontrôlée pose à notre sécurité et notre bien-être économique. Nous insistons toutefois sur une approche dans le plus large contexte d'un engagement national ainsi que d'un pacte d'inclusion et de communauté fraternelle entre tous dans un souci de bien commun.

(8) Nous prenons au sérieux notre engagement et notre responsabilité envers nos concitoyens alors que nous nous efforçons de relever les défis spirituels, moraux et économiques de la vie dans l'ensemble des seize nations représentées dans l'Église épiscopale. Nous demandons à nos concitoyens de se souvenir que le bien d'une nation se situe au-delà de son intérêt propre, vers la vision d'une humanité restaurée en Jésus-Christ car « vous qui, autrefois, étiez loin, vous êtes devenus proches grâce au sacrifice du Christ » (Éphésiens 2:13).

(9) Nous proposons comme étude complémentaire une ressource théologique intitulée « The Nation and the Common Good: Reflections on Immigration Reform » [La nation et le bien commun : réflexions sur la réforme de l'immigration].

Que la grâce de Dieu soit avec nous tous.

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In English: http://www.episcopalchurch.org/newsline_124677_ENG_HTM.htm

 

 

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