À la Church Divinity School of the Pacific : Préparation des séminaristes à la vie publique

September 18, 2016


[Episcopal News Service] À la Church Divinity School of the Pacific (CDSP) de Berkeley (en Californie), préparer de futurs prêtres à être les leaders de congrégations dans le monde d’aujourd’hui veut également dire les former à la vie publique.

Il y a deux ans, le séminaire a entamé la refonte de son programme d’études en recentrant sa Maîtrise en théologie sur trois concepts chrétiens fondamentaux, à savoir la mission, le discipulat et l’évangélisation. Il s’est en même temps engagé à éduquer les séminaristes en matière de pensée critique, d’analyse contextuelle et de débat public, des thématiques dans lesquelles s’inscrit la formation à l’animation communautaire.

Le Révérend W. Mark Richardson, président et doyen de la Church Divinity School of the Pacific, au cours de la formation l’an passé de l’Industrial Areas Foundation. Photo : CDSP

Le Révérend W. Mark Richardson, président et doyen de la Church Divinity School of the Pacific, au cours de la formation l’an passé de l’Industrial Areas Foundation. Photo : CDSP

« Nous essayions de modifier de façon radicale notre programme d’études et recherchions à resserrer les liens entre la vie de foi et la vie publique » explique le Révérend W. Mark Richardson, président et doyen de la CDSP, dans une interview réalisée dans son bureau par Episcopal News Service.

« Former des leaders à l’aise vis-à-vis de l’interface entre foi et vie publique… c’est à notre avis la manière du 21e siècle d’approcher la question de la mission, ajoute-t-il.

Pour bon nombre d’épiscopaliens, il est clair qu’être une église dans le monde signifie être présent au sein des communautés et prendre une part active à l’amélioration de la vie des gens. Ces dernières années, un certain nombre d’évêques épiscopaliens ont, avec une insistance croissante, demandé que leur clergé soit non seulement pasteur mais également entrepreneur, théologien public et animateur croyant au sein de la communauté.

« Les évêques disaient de plus en plus souvent que l’animation communautaire est une bonne chose » déclare la Révérende Susanna Singer, professeure adjointe de développement des ministères et directeur du programme de Doctorat en Ministère à la CSDP. « Nos séminaristes ont toujours fait de l’éducation pastorale en milieu hospitalier pour acquérir des compétences pastorales approfondies mais certains évêques ont commençé à dire qu’ils souhaitaient qu’ils acquièrent des compétences approfondies en organisation ».

La foi chrétienne, ajoute-t-elle, reflète totalement la vision que Dieu a de l’épanouissement de l’humanité et du cosmos. « Cela signifie que le corps du Christ, que nous sommes maintenant, doit aller vers les communautés où nous vivons et y être impliqué car c’est là où le rêve de Dieu va se réaliser ».

Pour former ses séminaristes, la CDSP a demandé l’aide de l’Industrial Areas Foundation (IAF) qui est un réseau d’organismes confessionnels et spécialisés dans le communautaire qui a formé des leaders et inspiré les communautés depuis 1940.

En 2013, le séminaire et l’IAF ont lancé un cours d’une semaine en Organisation du Ministère public, fondé sur la formation nationale en leadership de l’IAF dans le contexte de la religion, de l’éducation, du travail et de la communauté. Auparavant programme facultatif de six jours, il devient obligatoire à partir de cet automne pour les nouveaux séminaristes.

« L’idée est de former qui que ce soit, en fournissant le cadre conceptuel pour réfléchir aux problèmes de pouvoir, d’intérêt personnel et de leadership ainsi que certaines compétences pratiques en matière de relationnel avec des personnes différentes de soi, de par le monde » explique Anna Eng, organisatrice en chef pour l’Industrial Areas Foundation de Bay Area, lors d’une interview par téléphone avec ENS.

Les participants apprennent, ajoute-t-elle, à mener une réunion et à susciter des dialogues productifs. Beaucoup de responsables d’IAF viennent d’un contexte religieux si bien que le partenariat avec le séminaire qui, outre la formation pratique, facilite le débat théologique, est judicieux.

La CDSP a non seulement le cours à son programme, mais elle est également membre de l’IAF.

Le cours est centré sur le développement des compétences, des outils et des capacités théoriques et de réflexion pour l’animation communautaire, relatives à de nombreuses questions dans le contexte du ministère. Les responsables de l’IAF assurent la formation pratique et le corps enseignant de la CDSP mène les réflexions théologiques.

Jennifer Snow, directeur de l’apprentissage élargi et professeure adjointe de théologie pratique à la CDSP, a animé les réflexions théologiques pour la formation de l’IAF, l’année passée. Photo : CDSP

Jennifer Snow, directeur de l’apprentissage élargi et professeure adjointe de théologie pratique à la CDSP, a animé les réflexions théologiques pour la formation de l’IAF, l’année passée. Photo : CDSP

Jennifer Snow, directeur de l’apprentissage élargi et professeure adjointe de théologie pratique à la CDSP, a animé les réflexions théologiques pour la récente formation de l’IAF. Les séminaristes participent à une réflexion théologique quotidienne. Ils rédigent des exposés avant et après la formation et sont tenus de lire les articles et les livres assignés, notamment « Blessed Are the Organized: Grassroots Democracy in America » [Bénis soient les bien organisés, ou la démocratie de proximité en Amérique] de Jeffrey Stout.

Dans leur premier exposé, sur la base de leurs lectures, les séminaristes réfléchissent à la relation entre l’animation communautaire étendue et le leadership auprès des fidèles. La plupart des séminaristes disent que « travailler pour la justice sociale est important, par conséquent l’animation communautaire est importante » sans se rendre compte qu’ils confondent les deux, explique Jennifer Snow.

« L’animation communautaire est une stratégie qui vise à œuvrer pour la justice » explique-t-elle, parvenir à ce que les étudiants fassent la distinction est l’un des résultats souhaités du cours. « Ils doivent pouvoir s’en rendre compte et formuler pourquoi, en tant que stratégie, c’est une mission biblique et théologique pour les communautés de foi mais qu’il ne s’agit pas de la même chose ».

Il y a une distinction importante à faire : l’animation communautaire est une stratégie spécifique qui provient d’un contexte spécifique et de besoins spécifiques, poursuit Jennifer Snow.

« Si votre point de départ est de penser : je dois œuvrer pour la justice parce que le Livre de Michée me le dit et que Jésus me le dit, par conséquent je dois faire de l’animation communautaire, ce n’est finalement pas très convaincant » explique-t-elle. « parce que l’animation communautaire est une stratégie spécifique qui consiste non seulement à œuvrer pour la justice mais aussi à aborder le pouvoir d’une manière relationnelle et non pas par rapport au pouvoir exercé sur quelqu’un ».

Mais il s’avère que ce qui est essentiel, c’est de changer la perception que les gens ont du pouvoir.

« Cela implique de considérer différemment ce qu’est le pouvoir : établir des relations avec les gens, inviter les gens à partager le pouvoir avec vous en tant que leader. C’est une stratégie très spécifique qui consiste à essayer de parvenir à une société plus juste dans notre contexte particulier » ajoute Jennifer Snow.

Comprendre et considérer le pouvoir comme une force positive peut, au début, être un processus déstabilisateur.

« La plupart d’entre nous avons une connotation négative du pouvoir parce que nous nous sommes trouvés du côté perdant et que nous avons vu des abus de pouvoir » explique Anna Eng, ajoutant que le pouvoir n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

« Le pouvoir est en fait très bon. Vous ne pouvez rien faire sans pouvoir » poursuit-elle. « Dans la tradition chrétienne, c’est la Bible tout entière qui est remplie d’exemples d’un Dieu puissant se manifestant au travers de gens puissants qui hésitent à exercer leur pouvoir. Donc, de bien des façons, cela nous ramène à la tradition chrétienne.

Il s’agit en partie d’aider les gens à recouvrer cela, cette notion que le pouvoir qui a ressuscité le Christ d’entre les morts est en vous ; recouvrez cela, faites-le vôtre et n’en n’ayez pas peur. Mais nous avons vu beaucoup d’abus de pouvoir et nous en avons fait l’expérience, donc c’est logique que les gens le fuient ».

La séminariste Sarah Thomas a immédiatement changé de point de vue.

La Révérende Susanna Singer, professeure adjointe de développement des ministères et directeur du programme de Doctorat en Ministère de la CDSP, a aidé à refondre le programme de Maîtrise en théologie, en y incluant une formation d’animation communautaire. Photo : CDSP

La Révérende Susanna Singer, professeure adjointe de développement des ministères et directeur du programme de Doctorat en Ministère de la CDSP, a aidé à refondre le programme de Maîtrise en théologie, en y incluant une formation d’animation communautaire. Photo : CDSP

« Le tout premier jour, nous avons été mis au défi de voir combien nous – et spécialement les femmes – nous départissons de notre pouvoir dès que nous ouvrons la bouche » écrit-elle dans un courrier électronique à ENS. « On m’a encouragé à recouvrer mon pouvoir et à parler sans m’excuser. Cela a été une leçon importante pour moi en tant que futur leader. J’ai appris comment établir des relations d’égal à égal en étant véritablement à l’écoute, en laissant ma curiosité me diriger et en posant les bonnes questions ».

« Je suis devenue plus audacieuse et plus ouverte » confie Sarah Thomas qui habite à Santa Barbara, prend des cours en ligne et passe quatre semaines sur le campus chaque année.

 

Fondée en 1893 pour former le clergé aux ministères dans l’ouest, la CDSP est membre fondateur du Graduate Theological Union (GTU). C’est l’un de sept séminaires situés au nord-est de Berkeley à quelques rues du campus de l’Université de Californie, avec des centres juif, hindou, musulman, orthodoxe, swedenborgien et évangélique. Le séminaire théologique San Francisco, autre école membre du GTU, se trouve tout près de là à San Anselmo dans le comté de Marin.

C’est dans ce contexte œcuménique, interconfessionnel et profane que les séminaristes participent au cours avec des rabbins, des hommes d’affaires, des étudiants et autres.

« Tous ces différents points de vue et avis étaient véritablement diversifiés, c’était réellement instructif d’être là avec quelqu’un qui a passé toute sa vie dans les affaires. Un PDG en retraite a un point de vue très différent du mien » explique Aaron Klinefelter, séminariste du diocèse de l’Ohio du sud-est.

Aaron Klinefelter, maintenant dans sa deuxième année, s’est inscrit au séminaire en sachant qu’il allait devoir faire plus que diriger une paroisse, qu’on attendait de lui qu’il participe à la vie publique et communautaire.

« Je le savais à coup sûr en entrant » dit-il au cours d’une interview avec ENS à Brewed Awakening, un café en bas de la rue du séminaire, ajoutant que ce mode de pensée est encore nouveau dans l’Église épiscopale. « Je ne sais pas ce qu’il ya de nouveau à ce que les gens réalisent que des membres ont quitté le bâtiment ».

– Lynette Wilson est rédacteur et journaliste de l’Episcopal News Service.